Renouvellement des résident·e·s

Les écolieux collectifs sont nombreux, de plus en plus, et différents les uns des autres, sur de multiples aspects comme détaillé ici. Ils ont aussi des points communs : ils sont hors de la norme et cherchent un nouvel équilibre. Ce sont des lieux d’expérimentation, souvent ambitieux, qui demandent donc un engagement important de la part des personnes qui les portent.
Ils évoluent et les personnes aussi car vivre dans un écolieu collectif est une expérience intense, avec des conflits humains et des difficultés matérielles. Alors au fil de tous ces changements continuels, ce qui va à un moment donné peut ne plus aller plus tard. Vivre sur un écolieu collectif est souvent une étape, un moment particulier voire exceptionnel qui permet aux gens d’avancer dans leur transition personnelle vers un monde meilleur piou piou les ptis zoiseaux.

Il y a donc des gens qui partent et d’autres qui arrivent. Les départs créent la nécessité d’avoir des nouvelleaux porteureuses du projet. Bien que les postulants et postulantes soient nombreuses, beaucoup de lieux sont en sous effectifs, c’est aussi souvent le cas à la Ferme Légère.

La Ferme Légère au début

Nous n’avons pas envisagé le renouvellement des participant·e·s au départ du projet. Nous sommes partis du principe qu’il fallait constituer une équipe et qu’elle ne changerait pas. Seule la mort d’une personne avait été envisagée, et encore, seulement si la personne avait un poids important dans le financement du projet…
En tout cas le renouvellement n’était pas officiellement discuté (ou très peu), c’était un peu un tabou (pour l’auteur de ses lignes au moins).

Nous avions un processus d’inclusion (l’équipe était à constituer) mais pas de processus de départ ou d’exclusion dans le règlement intérieur. Nous avions déjà une charte que nous avons voulue précise et sans ambiguïté. Et je me disais que si nous étions d’accord sur ce texte le reste suivrait. Et même qu’il faudrait bien qu’il suive car pour que de tels projets se généralisent, il faut bien qu’ils puissent fonctionner avec n’importe qui, ah ah, piou piou.

L’accord sur des écrits ne garantit pas l’accord sur le réel. On peut être d’accord sur des valeurs mais pas sur la manière de les vivre au quotidien. Je ne détaille pas trop, ce n’est pas un article sur les causes de conflit.

Bref, il y a des départs et des arrivées

Et même des départs prévus dès l’arrivée puisque nous accueillons des personnes qui souhaitent seulement passer l’hiver au chaud (rien de péjoratif ici, elles sont dans une phase nomade de leur vie et nous les accueillons comme ça). Sans compter les wwoofeureuses et les visiteureuses qui partagent notre quotidien pour quelques semaines ou quelques jours. Mais ce qui nous intéresse ici, c’est le renouvellement des « permanent·e·s », ceucelles qui sont là sans limite de durée prévue.

Le départ d’un ou une permanent·e c’est :

  • des émotions dues à la séparation ;
  • des pertes d’infos et de compétences ;
  • un travail de transmission des tâches et responsabilités ;
  • un nouvel équilibre à trouver pour le groupe ;
  • des changements ou redéfinitions d’objectif, de qualité, de point de vue ;
  • des projets qui s’arrêtent, donc perte de temps et d’argent ;
  • des problèmes qui disparaissent aussi…

L’arrivée d’un ou une résident·e souhaitant devenir permanent·e c’est :

  • de la joie et de l’enthousiasme ;
  • un travail d’accompagnement et d’explication du fonctionnement du groupe et du lieu ;
  • des nouvelles compétences et des nouveaux projets ;
  • la transmission de tâches et responsabilités ;
  • des nouveaux problèmes pas identifiés jusque là, ou pas considérés comme problèmes ;
  • des modifications dans l’organisation et le quotidien…

L’équilibre actuel à la Ferme Légère

Ou le déséquilibre permanent…

L’ouverture était inscrite dés le début dans le projet. Nous voulons recevoir, montrer, partager. Le renouvellement continu des participant·e·s est peu à peu devenu une normalité, une dynamique qui peut en quelques mois changer grandement le lieu ou le laisser vide. Il y a donc une précarité inhérente au projet, précarité maintenant acceptée (par l’auteur des ces lignes au moins). C’est un grand vélo collectif qui ne tient debout que tant que des jambes appuient sur des pédales, au gré des écocyclistes, de leur motivation et de leurs coups de mou. Parfois il y a beaucoup de places vides et le vélo est bien lourd. Parfois il se remplit et si nous sommes en phase ça file, on peut même prendre quelqu'un sur le porte bagages.

La Ferme Légère a maintenant (2022) plus de 6 ans d’existence sur le terrain, 10 ans depuis les 1ères réunions du groupe de potes initial, elle a passé le plus dur, elle est fermement mais avec légèreté installée, mais elle peut disparaître du jour au lendemain faute de participanpantes.
Personnellement, je vis avec cette éventualité, j’ai appris à faire confiance en la capacité du groupe à se reconstituer et se réorganiser.

Autre difficulté, la répartition de la charge mentale. Les « permanent·e·s » ne sont pas nombreux·ses, parfois moins que les « de passage ». C’est une charge pour les 1ers·ères que de devoir en permanence expliquer, organiser, accompagner, surveiller, rattraper, corriger tout ce qui se passe d’un peu important sur le lieu. Cela créé une tension entre l’envie de se reposer sur les autres, les « de passage », et l’envie que tout se passe conformément au plan camarade. Pour corser le tout, chaque « permanent·e » trouve sont propre équilibre dans cette affaire. Le lâcher prise des uns inconforte parfois le besoin de qualité et de régularité des autres.

Comment nous faisons avec ce renouvellement permanent

Pour limiter les départs, nous prenons les papiers d’identités , le téléphone et la gestion des comptes bancaires des résident·e·s qui ne font pas partie du Cercle de lumière. Tu commençais à lire en travers non ? Reprenons…

Pour limiter les départs nous essayons déjà de n’intégrer que des personnes compatibles FL. La barre écologique est haute, l’engagement demandé fort, le co-habitat serré. Il faut que les gens aient envie de ça, pour de vrai.
On se laisse du temps avec un processus d’intégration progressif. Le groupe et la nouvelle personne s’engagent pour une rencontre puis des séjours de plus en plus longs. Se connaître vraiment pour vivre ensemble prend facilement 6 mois. On se découvre en habitant ensemble.
Nous prenons soin, évidemment, de nos relations, nous essayons de traiter les conflits le plus tôt possible et de transformer les tensions en mouvements.

Quand il y a malgré tout départ, nous essayons de le vivre sans non-dit, de discuter les modalités et de l’organiser au mieux. Pour chaque départ, il faut trouver un compromis entre laisser du temps à celui qui va partir (pour trouver un nouvel endroit où vivre et déménager) et minimiser la lourdeur de la cohabitation avec un ou une futur·e absent·e. Car son engagement dans le projet baisse avec l’approche de l’échéance, ses nouveaux projets l’accaparent. Ille occupe encore un logement mais se désengage. Il nous semble bon de ne pas dépasser un à deux mois entre la décision du départ et le départ effectif.

L’intégration de nouvelles personnes consomme une énergie folle et créé beaucoup de frustration. Le nombre de personnes ultrachouettes qui envisagent d’intégrer notre projet est très important mais très peu franchissent le pas finalement. Pourquoi ? Pas leur région de prédilection, pas le bon moment pour illes, envie de créer leur propre lieu, manque de synchronicité ou d’accord dans un couple (l’un l’une veut, l’autre pas)… Les raisons sont multiples et souvent l’énergie et le temps consacrés à l’accueil ne sont pas récompensés, même si recevoir et partager un moment avec ces gens est en soi un grand plaisir.
Quand l’intégration se poursuit, il y a un autre équilibre à trouver entre tenir la cohérence du projet et accepter les changement proposés par les nouvelles personnes. Entre la stabilité et le changement. La FL n’aurait probablement pas sa solidité et sa beauté actuelle si elle avait été une girouette, si la vision des nouvelles personnes avait primé sur la vision collective et historique. Mais la FL n’existerait peut-être plus si les nouvelles personnes n’avaient pu exprimer leur besoins de création parfois immatures au regard de l’expérience passée du projet. Donc parfois il faut accepter des abandons et reconstructions, des réinventions de la roue, des reformulations, des redéfinitions qui peuvent sembler inutiles aux anciens anciennes mais qui peuvent être nécessaires à l’évolution personnelle des nouvelles personnes. Les anciens anciennes ne doivent jamais oublier qu’illes aussi ont été percuté·e·s par le projet et qu’il leur a fallu du temps, des essais et des erreurs avant de trouver leur équilibre et leur confort.

Comme nous sommes en sous-effectif chronique de « permanent·e·s pour de vrai », mais que les personnes « permanent·e·s potentiel·le·s » sont nombreuses, la tentation est forte de confier des responsabilités aux 2èmes avant d’être sûr·e·s qu’elles vont rester. Cela montre la confiance qu’on veut bien leur donner, ça les engage, ça allège un temps notre quotidien… mais ça peut faire des transferts de responsabilités incessants au grès des processus d’inclusions qui démarrent et s’arrêtent.

Nos conseils...

Prévoyez dès le départ qu’il y aura des départs. Faites en sorte qu’ils soient faciles et fluides. Mais faites aussi en sorte qu’ils soient peu nombreux.

En fonction des causes de départ :

Conflits interpersonnels
Dotez-vous d’outils et de processus de gestion des tensions et de résolution de conflits. Faites un travail personnel sur la communication et la relation à l’autre.

Divergence de vision
Identifiez-les et acceptez les scissions qui vont en découler, un écolieu collectif ne peut se passer d’une vision commune claire.

Raisons personnelles
Si l’origine vient du groupe (personne ne trouvant pas sa place, ne supportant pas le poids du gourou-proprio-dictateur, se sentant moins compétente que les autres, incomprises etc)
Faites preuve d’ouverture et de souplesse, travaillez votre lâcher prise, libérez-vous des critères quantitatifs (travail) au profit de critères plus qualitatifs (engagement).

Si l’origine ne vient pas du groupe (mal du pays, contrainte familiale, personnes pas prêtes à vivre en collectif, etc)
Acceptez simplement ces départs.

Essaimage
Réjouissons nous, la planète n’en sera sauvée que plus tôt, piou piou.

Marc - mai 22